Le 47 du Schiesseck
Une récupération avortée


Les premières visites clandestines du Schiesseck, en 1982, furent une véritable révélation. Non seulement les mortiers de 81 mm du bloc 4 étaient en place, mais trois autres armes identiques gisaient pêle-mêle, enchevêtrées avec deux armes mixtes et autres babioles du même genre, dans une soute à munitions d'un bloc d'artillerie. Dans un autre magasin étaient stockés, dans leurs conteneurs, une demi-douzaines de périscopes de type B ou C provenant d'observatoires des environs de Soetrich, et déposés là, pour ne pas encombrer le Simserhof.

DE SURPRISE EN SUPRISE

Mais le clou, ce fut la découverte, dans la chambre de tir de l'entrée des munitions, d'un canon de 47 mm antichar de forteresse. Ce dernier était une belle pièce, bien que manquaient déjà les organes de pointage en bronze qui avaient dû être volés il y a peu de temps par des visiteurs indélicats. Nous pensions que, parmi la dizaine de canons de cette sorte encore existants, celui-ci était le seul orphelin puisque non attribué et non mis en valeur, et qui pendouillait pauvrement sous son birail. Une arme si rare ne méritait pas un si triste sort.

Juin 1985. Notre demande de transfert du canon de 47 du Schiesseck partait à destination du patron de la 6e région militaire. Nous ne nous faisions pas trop d'illusions, car celle-ci allait certainement faire l'objet d'un avis technique du responsable de l'arrondissement des travaux du génie géographiquement concerné. C'était justement. celui de Bitche, qui jouissait d'une détestable réputation aux yeux des associations. Nous savions bien que les responsables de l'ATG allaient tomber de leur fauteuil en voyant arriver notre demande sur leur bureau.

PAS PERDU POUR TOUT LE MONDE

Il se passa des mois, voire plus de deux années, sans qu'il n'y ait de nouvelle de notre demande. Nous avions déjà mis une croix sur l'affaire, quand arriva un courrier de l'Etat major qui nous informait que le canon avait été affecté à l'amicale des sapeurs-pompiers de Bambiderstroff, qui avait en charge le petit ouvrage du Bambesch. Nous fûmes scandalisés, d'autant plus que les gars du Bambesch étaient à ce moment là plus motivés par le bon fonctionnement de leur buvette que par la conservation de leur ouvrage.

Seulement...ils connaissaient le ministre aux anciens combattants, un certain M. Laurrain, qui était intervenu en haut lieu. Nous fîmes des mains et des pieds pour apprendre que notre demande avait éveillé la curiosité au sein de la hiérarchie militaire, qui bien entendu ignorait tout de l'existence du 47. On nous fit comprendre que ceux du Bambesch avaient alors précipitamment déposé une demande, qui avait pris le pas sur la nôtre, avec l'appui du ministre.

Nous étions furieux...et impuissants. Tant pis, il fallait se faire une raison. Et puis de toute façon nous n'avions pas beaucoup d'espoir, nous doutant bien que le génie de Bitche n'allait jamais valider notre demande, mais pouvait-il contrer celle appuyée par un ministre ? Néanmoins, plusieurs mois après cette notification, le 47 était toujours en place. Naïvement, ceux du Bambesch pensaient que l'armée allait le leur apporter, et ne se sont jamais véritablement préoccupés de le récupérer. Et puis un beau jour, il disparut. Nous sûmes, bien plus tard, qu'un camion militaire l'avait embarqué pour les bords de la Méditerranée.

C'est ainsi que s'acheva l'épisode du 47 de forteresse du Schiesseck. Perdu pour l'AALMA, perdu pour le Bambesch, mais pas perdu pour tout le monde.

Jean-Louis Burtscher, décembre 2000.



Le 47 de forteresse du Schiesseck



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