Introduction

Les voies de communication sont d'une importance stratégique évidente. Nécessaires pour l'artillerie, le ravitaillement et les troupes de renfort, elles permettent également l'avance rapide d'une armée après la percée des lignes adverses, empêchant l'attaqué d'aménager une position défensive. Pour s'assurer un repli efficace, un défenseur peut couper les voies de communication de différentes manières. La plus répandue Est la mine de destruction. En Moselle par exemple, H. Hiegel nous rapporte que les 3 700 km de routes nationales et départementales étaient coupés en 150 points par dynamitage, et 280 ponts de routes, de chemin de fer et de canaux avaient sauté(1).

 

Stratégie des destructions

Les destructions sont toujours liées à des situations défensives. Elles sont essentiellement employées dans les manœuvres de retraite, pour procurer un délai qui facilite le regroupement des troupes en repli et leur organisation en ligne défensive. Les exemples ne manquent pas et se retrouvent souvent dans la littérature. Tous les replis importants des armées en déroute en mai-juin 1940 ont été couverts par des destructions.

On les trouve également pour couvrir une organisation défensive ; en avant de la position, les destructions coupent essentiellement les voies pénétrantes. On les retrouve par exemple sur les ponts du Rhin. Elles retardent la mise en place des moyens d'attaque de l'ennemi et évitent ainsi toute attaque éclair. Ces dispositifs de mines ont été chargés dans les semaines suivant la déclaration de guerre pour permettre leur mise à feu immédiate dans le cas d'une offensive. La mise à feu à été effective à partir du 10 mai 1940(2).

Pour être efficaces, les destructions doivent être faites sur un large front. Elles nécessitent donc de nombreux effectifs et de grandes quantités d'explosifs. Pourtant, quels que soient les moyens mis en oeuvre pour la réalisation des destructions, ils restent largement en deçà des moyens que devrait mettre en oeuvre l'ennemi pour leur réparation.

Conjuguées à un relief accidenté ou un réseau de voie insuffisant, à des obstacles (barrières, abattis...), à des défenseurs bien organisés qui retardent l'avance ennemie, les destructions se montrent très efficaces et seule une bonne organisation des troupes (3) permettra à l'ennemi de limiter la perte de temps engendrée.

La seule manière d'éviter les désagréments des destructions Est l'attaque par surprise. Les Alliés l'employèrent le 6 juin 1944 en Normandie, tout comme les Allemands le 10 mai 1940 contre les ponts belges et hollandais.

D'une manière générale, une destruction de route n'a d'intérêt que si sa longueur et sa profondeur sont suffisantes pour compliquer au maximum la réparation. Son emplacement topographique Est également primordial : on ne doit pas pouvoir la contourner.

En montagne, les destructions concernent généralement une portion de route à flanc de coteau plus ou moins escarpé, souvent construite en remblai que l'explosif dispersera. On peut également remblayer une portion de route qui emprunte une tranchée profonde en détruisant ses escarpes.

En plaine ou dans les vallées, les destructions de ponts sont très efficaces et fréquemment utilisées car les réparations sont longues et compliquées. La destruction d'une portion de route surélevée dans un milieu marécageux Est également courante (4).



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