Description générale des mines de destruction



Destructions de route

Ces destructions sont généralement obtenues au moyen de charges explosives placées sous la portion de route à détruire.

Les mines comportent un conduit vertical ou horizontal (5) à l'extrémité duquel on trouve une niche, nommée fourneau, qui contiendra les explosifs. Une fois l'explosif placé dans le fourneau, le conduit Est comblé de terre et étanché par un ou des barrages de chevrons en bois. Ce bourrage évite que le souffle de l'explosion ne s'évade par le conduit.

Une explosion Est en fait une violente réaction chimique créatrice de chaleur et surtout de gaz qui, dans notre cas, s'accumulent et se pressurisent, confinés d'une part par le bourrage du rameau, de l'autre par le terrain qui les entoure. Cette pression croissante provoque finalement la rupture du terrain dans un axe où son épaisseur Est la moindre. Cet axe Est appelé ligne de moindre résistance. Dans le cas d'une destruction de route, l'axe Est généralement subvertical (6).

Lorsque la charge du fourneau respecte un certain rapport entre quantité d'explosif et épaisseur du terrain, ont obtient une rupture de forme conique dont la pointe correspond au fourneau. Cette rupture se matérialise par la projection du volume de terre compris dans ce cône.

La dispersion des terres Est également déterminée par la quantité d'explosifs. Si le fourneau Est "surchargé", l'entonnoir sera d'un plus grand diamètre. C'est l'effet le plus recherché en destruction de surface ; les fourneaux sous-chargés sont utilisés plutôt dans les destructions souterraines.

L'explosion terminée, une partie de la terre retombe dans le cône de rupture formant ainsi l'entonnoir dans sa forme familière.

La destruction réalisée se compose généralement d'au moins un alignement d'entonnoirs entrecroisés pour maintenir la profondeur voulue sur toute la portion à détruire (7). Certaines destructions peuvent nécessiter deux alignements parallèles de quatre fourneaux pour disperser le remblai sur toute la largeur de la route.

Pour réparer la destruction, l'ennemi devra combler l'entonnoir. Dans le cas de murs maçonnés et d'escarpements raides, il lui faudra remaçonner puis remblayer, ce qui rallonge d'autant la réparation et freine donc sa progression. On comprend aisément la nécessité du bon choix de l'emplacement d'une destruction.

 

Destructions de pont

Ces destructions sont généralement obtenues au moyen de charges explosives placées dans le cœur de la culée. Pour que celle-ci soit convenablement détruite, le fourneau doit être correctement centré et détruire toute la partie supérieure qui supporte l'arche ou le tablier.

Une fois la culée détruite, l'arche n'est plus soutenue et s'affaisse dans le vide. On peut se rendre compte de cet effet sur certaines photos de destruction de ponts de chemin de fer où les rails sont suspendus dans le vide malgré la disparition de l'arche.

A défaut de temps ou de dispositifs de mines permanents, on peut également détruire le pont en plaçant des charges sur les poutres maîtresses de la charpente (dans le cas de ponts à structure métallique) ou directement sur l'arche ou le tablier (8).

Lorsque le temps le permet, les destructions de pont sont accompagnées de la destruction de tous types d'embarcations qui pourraient servir à l'ennemi pour franchir les cours d'eau. A Strasbourg, au début du mois de Juin 1940, les Français coulent près d'une centaine d'embarcations telles que les chalands et les remorqueurs (9).

 

Explosifs et dispositifs de mise à feu

Il existe trois types d'explosifs : les explosifs brisants, progressifs et d'amorçage. La dernière catégorie permet la mise à feu des deux premières et sera traitée ci-dessous. Les explosifs brisants sont les plus utilisés dans les destructions. On trouve en particulier la mélinite qui, outre sa puissance, offre l'avantage de n'exiger qu'un faible bourrage. 

Le TNT, quant à lui, a le grand avantage d'être insensible à l'humidité et, malgré son système de mise à feu spécial, sera utilisé dans des fourneaux éventuellement noyés. Il Est également assez puissant pour être employé dans les charges creuses. Dans la catégorie des explosifs progressifs, la cheddite Est la plus couramment utilisée.

Pour exemple, la mélinite Est conditionnée en pétards de différentes tailles, allant de 60g à 20kg, et enveloppée de laiton étamé (10). Généralement de forme parallélépipédique, les pétards sont composés de deux explosifs : un explosif amorçant dans la partie supérieure qui, une fois mis à feu par l'intermédiaire d'une ou deux mèches, mettra le feu à la mélinite disposée dans la partie inférieure.

Dans le fourneau, les pétards sont mis côte à côte pour former la charge requise.

On distingue deux types de dispositifs de mise à feu : le dispositif pyrotechnique et l'électrique.

Lorsque le dispositif Est pyrotechnique, ils est composé d'un allumeur à retard ou manuel qui met à feu une mèche lente (11). La mèche lente Est composée d'un filet de poudre noire comprimé qui se consumera à raison d'un mètre en 90 secondes ou, selon les modèles, en 130 secondes, jusqu'à un détonateur. Ce détonateur met le feu à un cordeau détonant composé de mélinite dans une gaine en étain. Le cordeau, dont la détonation Est régulièrement ravivée par des pétards de relais, transmet le feu à la charge à une vitesse quasi instantanée. Le cordeau détonant Est connecté à l'un des pétards de la charge qui, en explosant, met le feu aux autres pétards.

Lorsque le dispositif Est électrique, il utilise soit une pile, soit un exploseur. L'impulsion électrique met le feu au détonateur qui allume le cordeau détonant. Le circuit du cordeau Est le même que pour un dispositif pyrotechnique.

Pour le déclenchement simultané de plusieurs fourneaux, les dispositifs diffèrent légèrement selon le type de mise à feu. Lorsqu'elle Est pyrotechnique, les jonctions sont faites sur les cordeaux détonants, alors que pour le déclenchement électrique les branchements se font sur les câbles électriques, en amont du cordeau détonant.

Pour diminuer les risques de ratés de mise à feu, les tronçons de cordeau détonant sont systématiquement doublés. Les projectiles ennemis pouvant également causer des dégâts sur le dispositif de mise à feu, en les endommageant voire en les déclenchant, les pétards de relais ou de mise à feu sont abrités sous des sacs de sable et les raccordements aux cordeaux effectués au dernier moment.



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