Rapport du chef de Bataillon Fabre

du 154ème RIF commandant l’ouvrage

du Grand-Hohekirkel et le secteur Fortifié

des Vosges entre le 13 et 30 juin 1940.

 

Note rédigée un an après les évènements qu’il relate de mémoire et sans documentation d’aucune sorte. Le rapport ci-joint peut contenir des erreurs de dates et de faits.

Il présente néanmoins, aussi fidèlement que possible, un tableau général des opérations qui se sont déroulées dans le Secteur Fortifié des Vosges entre les 13 et 30 juin 1940.

Il n’a pas été possible de joindre les rapports de mes subordonnés cités aux « annexes ».

Préambule

A partir du 16 août 1939, l’ouvrage du Grand-Hohekirkel, tantôt assurant par ses propres moyens la défense de ses avancées, tantôt protégé par un léger réseau d’avant-postes, se trouve en permanence à porté du canon de campagne ennemi et par intermittence de ses armes automatiques d’infanterie.

Il tirs sa première salve le 6 septembre 1939, la dernière le 26 juin à 1 heure.

Tandis que l’ennemi occupait Hendaye et Valence, les couleurs invaincues de l’ouvrage flottaient sur ses superstructures.

Il fût livré à l’ennemi le 30 juin 1940, sur ordre du Général GEORGES, Commandant en Chef l’Armée Française, dans des conditions humiliantes et imméritées : garnison prisonnière de guerre, matériel remis, mines enlevées.


Première partie

Mesures prises en fonction de la situation et de la mission

A- Départ des intervalles

S’est effectué en deux temps :

- Premier temps

Le 13 juin dans soirée, repli des troupes d’intervalles à l’exception d’une croûte comprenant :

L’ensemble, croûte et équipage, sous les ordres du Lieutenant-colonel RENARD du 165ème RIF.


- Deuxième temps


Le 15 juin, dans la soirée, repli de la croûte. Les équipages du SFV assument, sous mes ordres, la défense du secteur. Ils sont renforcés par :

B- Ordres reçus


- Premier temps


Un ordre du général Commandant le 43 CA, transmis par motocycliste (le Colonel CODECHEVRE, chargé de transmettre cet ordre, n’ayant pu rejoindre l’ouvrage).

Cet ordre contenait :

- Deuxième temps

Le 15 juin à 17 heures, je suis convoqué à Baerenthal par le Lieutenant-colonel RENARD, Commandant le SFV. Cet officier me fait connaître qu’il se replie dans la nuit avec les éléments de la croûte. Il me passe sommairement le commandement du secteur et ajoute : « vous ne disposez pas de moyens suffisants pour veiller à la défense du secteur entier. En conséquence j’ai prévenu le commandant EXBRAYAT d’assurer personnellement la défense des ouvrages et casemate tenu par le 165. Je laisse le lieutenant BOLLACK et un détachement du génie à votre disposition en vue d’assurer, sous votre entière responsabilité, les destructions préparées. »

Après le départ du Lieutenant-colonel RENARD, je n’ai reçu :

Il n’a été aperçu aucun avion français ou allié.

C- Situation

Un front de 22 kilomètres constitué par les ouvrages et casemates de la CORF, tenu exclusivement par les équipages à l’effectif d’environ 3 000 officiers et hommes de troupes.

Sur ce front :

- Deux môles solides, aux deux extrémités du secteur :

Un commandement dépourvu de moyens et de personnel, stationné, en outre à l’extrémité Ouest du secteur.

Un réseau téléphonique enterré, vulnérable par ses boîtes de coupure, qui furent occupées par l’ennemi, vers le 19 juin.

Un réseau TSF :

Un réseau d’optique de fortune, établi avec les moyens du bord, après le départ des intervalles,
entre : Grand-Hohekirkel et Biesenberg, Grand-Hohekirkel et Schiesseck, Grand-Hohekirkel et éléments de défenses extérieurs.

Des moyens de liaison réduite aux voitures particulières des cadres du secteur avec lesquelles il fût constitué un petit détachement de liaison comprenant deux motos et trois autos.

Un ravitaillement en vivres, munitions, carburants, largement assuré par les stocks existants dans les ouvrages et casemates.

D- Moyens

Dans le sous-secteur Ouest :

a- les équipages du 154ème comprenant :

b- un détachement du 156ème RIA (Artillerie du Grand-Hohekirkel)

c- un détachement du Génie (ouvrage du Grand-Hohekirkel)

d- un détachement du Génie, sous les ordres du Lieutenant BOLLACK, chargé des destructions dans le secteur.

Dans le sous-secteur Est :

Les équipages du 165 comprenant :

E- Mission du secteur

F- Ordres donnés

En fonction de la mission et compte tenu de l’insuffisance et de la précarité des moyens de liaison transmission, j’établis et diffusais, dès le 16 juin, trois ordres de base susceptibles d’orienter les commandants de casemates dans toutes les éventualités du combat sur place ou de repli.

L’ordre n°1 : contenait les mesures à prendre en cas de repli : tenue, armement, munitions, composition et commandement des divers détachements, sécurité de la troupe, protection, points de première destination, itinéraires, conduites à tenir en cas de rencontre avec l’ennemi.

L’ordre n°2 : traitait des destructions à effectuer et de leur préparation : munitions, armements, installations électriques, moteurs, usines, gas-oil, explosifs, entrées, etc.

L’ordre n°3 : de résistance sur place jusqu’à épuisement de tous les moyens, avec les appuis de feux, les liaisons, la conduite à tenir par les commandants de casemates en cas de non fonctionnement des moyens de transmission.


G- Exécution

Ces ordres donnés il fut pris d’urgence les mesures en vue :

1- Renseignement

Constitution d’un service comprenant :

2- Retard de l’attaque directe des entrées


Organisation d’une défense extérieure des arrières comprenant :

3- Renforcement de la défense avant

Par la mise en place de deux PA :

NB : tout ce personnel Est prélevé sur l’équipage du Grand-Hohekirkel

4- Renforcement de la défense des entrées

A l’extérieur :

A l’intérieur :

5- Amélioration de la défense antiaérienne

La défense antiaérienne existante (3 FM enterrés supportés par des axes à pivot) fut portée à 10 FM disposés aux abords et sur les dessus de l’ouvrage.

6- Récupération

Faute de moyens (personnel, temps, transports), la récupération fut limitée aux abords de l’ouvrage, entre la main du prince (à l’est) et le camp de Bitche (à l’Ouest).

Deux mitrailleuses, 3 FM, des armes individuelles, environ 100 000 cartouches de 7,5 et de 8mm, quelques centaines de grenades, des approvisionnements, abandonnés sur le terrain, furent transportés dans les galeries de l’ouvrage.


7- Destruction d’obus non récupérables

Deux dépôts d’obus de 75 situés à proximité de la route de Strasbourg (haut de la cote de Stockbronn) furent détruits par le Lieutenant BOLLACK dans les lignes ennemies.

8- Destructions prévues par le plan

Le plan des destructions devait être mis en œuvre par le lieutenant BOLLACK sous la direction du Commandant du secteur. En raison de l’étendue du front, deux détachements furent constitués :

Dans le sous-secteur Ouest, il fut procédé aux destructions dans l’ordre d’urgence dicté par les actions de l’ennemi :

9- Maintien du moral des équipages

La gravité de la situation des armées en général et du secteur en particulier n’avait pas échappé aux équipages ; elle fut confirmée par la demande d’armistice du 17 juin.

En conséquence, je prévins mes subordonnés que la demande d’armistice ne modifiait en rien les prescriptions de mon ordre n°3 de résistance sur place jusqu’à épuisement de tous les moyens. Le combat « pour l’honneur » serait mené jusqu’au bout. Aucune demande ou acceptation de reddition ne devrait être attendue de ma part. Serait traité comme rebelle et pris immédiatement sous le feu du canon du Grand-Hohekirkel tout équipage de casemate qui abandonnerait son poste ou déposerait les armes sans mon ordre.

Ces précautions prises, je fis confiance à leur fermeté de caractère en les autorisant à prendre sans restriction toutes émissions radiophoniques française ou étrangère et je publiai tous les soirs un bulletin de renseignements sur la progression ennemie dans le secteur.

Je n’eux connaissance d’aucune défaillance jusqu’au 30 juin.

 

Deuxième partie

A- Déroulement chronologique des opérations

13 juin

Départ des intervalles.

Bombardement des dessus et arrières de l’ouvrage.

La tourelle tire sur les éléments ennemis du Braemel et de Langenberg.

14 juin

Aucun ordre.

Je tente, en vain, d’en provoquer en me rendant à Baerenthal auprès du commandant du secteur.

Dans la journée, bombardement de l’ouvrage (155 de rupture) avec riposte sur le Braemel et le Langenberg.

15 juin

Je suis convoqué à Baerenthal par le Commandant du secteur : il m’apprend son départ, celui de la croûte et me passe succinctement le commandement.

Bombardement de l’ouvrage et notre riposte.

Intervention de l’ouvrage en vue de repousser un coup de main ennemi sur la compagnie d’avant-postes LAMBERT.

Tirs de la tourelle pour masquer et protéger éventuellement le décrochage des troupes qui évacuent le môle du Biesenberg.

Tirs de harcèlement sur les pistes du Champ de tir.

Établissement des ordres pour la partie du secteur que je garde personnellement sous mon commandement (154ème).

Convocation des commandants d’unités de casemates à Liesbach pour le 16 juin à 7 heure.

Dans le sous-secteur du 165ème, l’ennemi tâte les éléments d’avant-postes et bombarde les garnisons de la position de résistance.

16 juin

Réunion à Liesbach des commandants d’UEC (VUILLEMIN, HUBERT, HOLL).

Remise des ordres, organisation du service des renseignements.

Envoi de patrouilles sur Niederbronn, Saverne, Lemberg : RAS.

Bombardement de l’ouvrage.

Survol de l’ouvrage par avions ennemis avec intervention de notre DCA.

Sur le front nord :

Resserrement du contact ennemi devant l’Otterbiel, sur le Katzenhardt et Braemel, devant Rothenbourg, Wineckerthal, le col de Gunsthal, la Verrerie. L’ennemi Est plus particulièrement mordant devant le col de la Verrerie.


Sur le front sud :

RAS.

Dans la journée, la tourelle intervient sur Braemel, Katzenhardt et devant Rothenbourg.

Dans la nuit, tirs de harcèlement (infanterie et artillerie) dans la cuvette du champ de tir, le Braemel, le Langenberg et devant le Biesenberg.

Le Lieutenant BOLLACK fait sauter les digues de Graffenweiher et Altzinsel.

17 juin

Sur le front sud :

Envoi de patrouilles sur Saverne, Niederbronn, Goetzenbruck : RAS.

Sur le front Nord :

Bombardement ennemi de l’ouvrage. Occupation plus dense du Braemel-Langenberg. Survol par avions ennemis à moyenne altitude.

L’ennemi tâte Rothenbourg, Nonnenkopf et Neunhoffen. Il s’installe Wineckerthal, d’où il mène une action de feux (infanterie et artillerie) sur les casemates de même nom. Bombardement des casemates et blocs jusqu’au col de Gunsthal par mortiers et canon antichars.

Nous ripostons par des tirs d’artillerie sur les hauteurs nord de l’ouvrage et devant Rothenbourg. Les casemates gênent par leurs feux l’approche ennemie devant Rothenbourg, Wineckerthal et le col.

Nuit calme.

18 juin

Sur le front sud :

Dans l’après-midi, les patrouilles envoyées signalent les premiers éléments ennemis à Mertzwiller, Goetzenbruck, Baerenthal et Mattstall.

Sur le front nord :

L’ennemi bombarde Rothenbourg, les casemates entre Wineckerthal et le col de Gunsthal.

Survol de l’ouvrage en plusieurs vagues.

Nous harcelons l’ennemi (nuit et jours) sur ses positions au nord de l’ouvrage, les pistes et carrefours du champ de tir. Tirs de DCA.

Destruction du carrefour de Philippsbourg et de la route de Philippsbourg à Baerenthal.

19 juin

Sur le front sud :

L’ennemi atteint Bitche, Liesbach, Jaegerthal, Langensoutzbach et pousse sur les arrières immédiats des ouvrages et casemates.

Repli du poste de sécurité de Liesbach. Le Capitaine VUILLEMIN rejoint son unité.

Sur le front nord :

Travaux discrets ennemis sur le Kastenhardt, Braemel, Langenberg. Action ennemie d’artillerie et d’infanterie sur Rothenbourg.

Bombardement par avion de la casemate de Wineckerthal (5 bombes de gros calibre). Aucun coup au but.

Sur la compagnie Delage, violente attaque, débutant par mortiers de gros calibre particulièrement intense entre Windstein et le col de Gunsthal. Trois bombardement aériens à 8h30, 9h30, 11h30. Action de mitrailleuses lourdes et canons spéciaux sur les cloches et chambres de tir. A la suite de ces bombardements, les armes, périscopes et épiscopes sont mis hors de service entre Nagelsthal et le col. L’infanterie ennemie atteint et occupe les dessus de Nagelsthal qui tombe vers 12h30.

Vers 14h, destruction de Windstein par bombe aériennes dont 5 atteignent la casemate rendant le jumelage et la ventilation inutilisables. L’équipage évacue la casemate sous la menace de l’asphyxie.

Vers 15h, destruction de Wineckerthal-Est par torpilles aériennes dont 2 atteignent la casemate. Évacuation de la casemate par l’équipage.

Vers 16h, destruction de Grunenthal par torpilles aériennes dont 3 atteignent la casemate.

Les équipages de Windstein, Wineckerthal-Est et Grunenthal, groupés sous les ordres du Lieutenant Delage, tentent de se frayer un chemin vers l’arrière. Ils se heurtent à l’ennemi venu du sud. Ils cessent la résistance vers 17h.

Sur la compagnie GENIN (6ème CEC), attaque sur tout le front, avec effort principal sur la Verrerie. Le combat prend la même forme et le même développement que devant la 5ème CEC et avec des résultats équivalents.

Vers 10h30, le capitaine GENIN passe le commandement de la compagnie au lieutenant MOUHOT et se replie vers le sud (enquête à faire).

Chute de Trautbach vers 11h.

Chute de Gunsthal ferme vers 15h.

Chute de Saegemuhl vers 20h.

Chute des Nonnenhardt le 20 juin vers 0h30.

A la Verrerie et plus à l’est, aucun renseignement sur le combat. Les ouvrages de Lembach et Four à Chaux subissent des bombardements aériens par torpilles de gros et moyen calibres (3 à 6 torpilles sur chaque bloc ou entrée). Le bloc 6 du Four à Chaux souffre particulièrement.

Au cours de la journée, la tourelle du Grand-Hohekirkel intervient à plusieurs reprises sur Braemel, Langenberg et Rothenbourg. La DCA ouvre le feu sur plusieurs vagues d’avions ennemis qui survolent l’ouvrage sans lâcher de bombes.

Je fais sauter le pont de chemin de fer d’Eguelshardt et exécuter les destructions sur les routes conduisant aux arrières du sous-secteur du 154ème.

La nuit, tirs de harcèlement sur les pistes et carrefours du champ de tir.

20 juin

Sous-secteur du 154ème de l’est à l’Ouest :

Dans la nuit, mise en place d’un dispositif d’attaque ennemi contre la casemate de Wineckerthal-Ouest. La casemate, complètement encerclée, Est soumise à partir de 3h, aux feux d’armes automatiques, de canons spéciaux et de minenwerfer. Un jumelage Est détruit vers 3h30. Privé d’une partie de ses moyens et devant l’impossibilité d’être appuyé ou secouru, l’équipage cesse le combat à 4h30 après avoir mis hors d’usage les armes et le matériel intacte.

Dans la matinée, les commandants de casemate de Dambach, Neunhoffen, Graffenweiher-Est cessent le combat dans des conditions à priori suspecte (enquête indispensable).

Les casemates de Graffenweiher-Centre et Ouest, Nonnenkopf, Rothenbourg, Altzinsel, Glasbronn, sommées de se rendre, refusent et continuent le combat contre un ennemi mordant qui atteint à plusieurs reprises leurs dessus. Il en Est chassé par le canon du Grand-Hohekirkel, d’autre part, repoussé par le feu des défenseurs. Il réussit néanmoins à endommager la porte blindée de Rothenbourg.

Sur les arrières du Grand-Hohekirkel, rencontre de patrouilles dans les Wolfschachen ou l’ennemi tente de s’infiltrer avec prudence. Une de nos patrouilles commandée par le lieutenant BOLLACK, atteint la route de Strasbourg, fait sauter deux dépôts de munitions de 75 et incendie les approvisionnements de la gare de Bannstein.

Dans la soirée, une reconnaissance ennemie, poussant devant elle deux prisonniers français, se présente devant l’abri du dépôt, y dépose un ordre de reddition adressé au commandant du secteur et se retire. Cet ordre, écrit par le Colonel Commandant le 42ème Régiment d’infanterie, m’invitait à une réunion au carrefour de Waldeck en vue de traiter. Je fais répondre à ce message par un bombardement massif du carrefour en cause.

Dans la nuit, l’ennemi atteint le Bloc 3 de l’Otterbiel d’où il Est chassé par les canons du Grand-Hohekirkel et du Schiesseck.

Sous-secteur du 165ème :

Tous les blocs et casemates sont tombés le 19 juin. Les deux ouvrages de Lembach et du Four à Chaux, avec lesquels je reste en communication par TSF, sont rattachés au secteur de Haguenau sur demande du Colonel Schwartz Commandant le secteur.

21 juin

A plusieurs reprises, survol de l’ouvrage par groupes de 10 à 20 avions ennemis sur lesquels la DCA ouvre régulièrement le feu. Sur le front nord de l’ouvrage, l’ennemi ne manifeste aucune activité visible.

Sur le front sud, rencontre de patrouilles dans les Wolfschachen. Deux disparus au cours d’une patrouille commandée par le Lieutenant LOCH. A plusieurs reprises les abris et PA du Wolfschachen repoussent par le feu des reconnaissances ennemies. L’ennemi détruit les boîtes de coupure du réseau enterré. Toutes les communications sont définitivement coupées entre l’ouvrage du Grand-Hohekirkel et les casemates du 154ème RIF (à l’exception de la Main du Prince). Vaines tentatives de communication par TSF avec le Biesenberg. Dans la soirée, attaque de l’abri du Kindelberg (Secteur de Rohrbach) ; l’ennemi Est chassé par le feu conjugué des Grand-Hohekirkel, Schiesseck et Simserhof.

22 juin

Bombardement de l’ouvrage et survols d’avions.

Les casemates à l’est de l’ouvrage continuent la résistance.

Vers 14h attaque massive du Biesenberg par le sud avec intervention de canons spéciaux tirant sur les embrasures des organes de feux. Les casemates et blocs, efficacement appuyés par l’artillerie du Grand-Hohekirkel et les tirs indirects de mitrailleuses des bloc 1 et 3, repoussent l’ennemi qui se retire vers 18h en emportant ses morts et ses blessés. De notre coté, deux blessés graves au bloc 4 du Biesenberg par des coups d’embrasure. Ils sont dirigés sur l’ouvrage le 26 juin, soigné puis évacués le 1er juillet par le service de santé allemand.

Dans le Wolfschachen, le sous-lieutenant BAUS inflige des pertes à une patrouille ennemie surprise à Maison de la côte de Stockbronn.

23 juin

Survol d’avions avec intervention de la DCA.

L’ennemi poursuit ses attaques sur les casemates à l’est du Biesenberg sans bombardement aérien. Sur le Biesenberg et autour de l’ouvrage, l’ennemi rendu prudent par l’échec de la veille ne manifesta aucune activité. Dans la soirée, vers 18h, une forte colonne précédée de drapeaux blancs débouche de Bitche, se dirigeant vers le camp et l’Otterbiel. Elle Est immédiatement dispersée par l’action conjuguée des ouvrages du Grand-Hohekirkel, Otterbiel, Schiesseck et Simserhof.

Nuit calme.

24 juin

Journée calme.

Dans la soirée, le bloc 3 de L’Otterbiel Est dégagé par le canon du Grand-Hohekirkel.

25 juin

N’ayant reçu aucune communication officielle relative à l’armistice, je décide de poursuivre le combat au delà du 25 juin. Par message TSF en clair, l’ennemi Est prévenu de cette décision et informé que toute tentative d’approche, précédée ou non de drapeaux blancs, serait repoussée par le feu. J’ajoutai qu’il ne serait reconnu l’autorité d’aucun général français prisonnier et qu’en conséquence il était inutile d’en déléguer un, en vue de traiter de la reddition.

Journée calme.

Dans la soirée, vers 22h, une attaque contre le bloc 3 de l’Otterbiel Est prise sous le feu du canon du Grand-Hohe. Tirs de harcèlement sur les pistes et carrefours du champ de tir.

26 juin

A 0h30, l’ennemi fait sonner les cloches d’Haspelschiedt et lance de nombreuses fusées sur le Braemel et le Katzenhardt. Ces manifestations cessent sous notre feu.

Une patrouille envoyée au Biesenberg revient avec deux blessés graves.

27 juin

Réception d’un parlementaire de l’Etat-Major de la 157ème Division (Général Von Vieben) a qui je confirme la volonté des troupes du secteur de ne pas déposer les armes.

Aucune manifestation hostile ennemie qui reste inactif sur les hauteurs Nord de l’ouvrage et se replie au sud de la route de Strasbourg en ce qui concerne la Grand-Hohe.

28 juin

Réception de deux lettres du Général Von Vieben m’annonçant l’arrivée prochaine d’officiers français porteurs d’ordres émanant du Général Huntzinger, Président de la Délégation Française auprès de la Commission d’Armistice, en vue de traiter de l’évacuation du secteur.

29 juin

RAS

30 juin

A 12h, arrivés du Colonel Simon du GQGF suivi de la délégation allemande. Honneurs rendus par une section en armes. Le colonel Simon me prend à part et après avoir justifié de sa qualité, m’informe que tous les ouvrages du secteur doivent être rendus sans conditions (ouvrages, armes, munitions, mines enlevées, garnisons prisonnières). Sur mon refus de capituler, le Colonel Simon me déclare que tous les efforts en vue d’obtenir la liberté des équipages ont été vains. Il ajouta : « En cas de refus, le Président de la Commission d’armistice a prévenu le Général Huntzinger que l’armée allemande poursuivrait son avance jusqu’à occupation complète de la France.

Je dus m’incliner.

Le Colonel Simon me remit :

Je signai l’ordre de capitulation au bas duquel j’écrivis une protestation indignée sur les conditions, sans précédent dans l’histoire, par laquelle matériel et troupes étaient livrés à l’ennemi.

Je fus ensuite présenté à la délégation allemande (Général Von Vieben) auprès de laquelle je renouvelais verbalement une protestation indignée contre le traitement infligé aux troupes invaincues du secteur.

L’après-midi, discussion et rédaction des clauses d’exécution de la reddition dont le texte fut signé par le Général Von Vieben, son chef d’État-major et moi. Principales clauses : cessation des hostilités, livraison des ouvrages, armes et munitions, enlèvement des mines, , remise des équipages en un point déterminé, désignation d’un personnel réduit en vue de passer les consignes à l’adversaire.

A 20 heures, je fus personnellement emmené en captivité à Lemberg, après avoir fait des adieux aux équipages.

Du 1er au 11 juillet

Internement à Lemberg sous étroite surveillance.

Au cours de ces journées, fréquentes visites au fractions restées dans les ouvrages et casemates.

Le 7 juillet, l’adjudant Lichtenberger, Commandant la casemate de la Main du Prince saute sur une mine et Est tué sur le coup. Son corps déchiqueté Est enterré devant la casemate de la Main du Prince en bordure Est du chemin d’Eguelshardt.

12 juillet

Départ pour Mayence.




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