Le petit Train


Il avait été conçu pour le transport exclusif des munitions, il était interdit de l’employer à d’autres fins. Toutefois, il assurait le service de la soupe aux avants deux fois par jour, ainsi que le transport des ordures.

Sur ordre spécial du Commandant, et malgré l’interdiction des concepteurs, il transportait des visiteurs de haut grade, la plupart complètement déphasés et dépaysés qui n’auraient pas compris qu’il faille aller à pied sous un fil de trolley. Je m’excuse de parler d’eux à propos du petit train, c’est à ses abords que je me faisais leur cicérone. 

L’instruction des états – majors concernant la Fortif n’avait pas été faite. Ils ne comprenaient rien et ne pouvaient rien comprendre en une visite d’une heure ou deux qui les ébahissait. Seul le général DENTZ , commandant le 12ème Corps d’Armée, connaissait la Fortif. Sa visite a contrasté avec les autres et montre que les états–majors instruits de nos possibilités auraient agi autrement qu’ils ne l’ont fait en Mai et Juin 1940.

Ce petit train avait été conçu pour chacun des ouvrages en vue d’un tonnage de munitions : Un tir normal d’une tourelle était de 80 coups de 75 en 3 minutes ; à raison de 10 Kg par obus, le poids expédié est de 800 Kg en 3 minutes. Avec le poids des douilles et des casiers, cela fait au moins le double, soit près de 2 tonnes en 3 minutes ; 4 tonnes pour les deux tourelles. 

Même en période de combats intenses, on devait admettre que les tirs étaient séparés par des moments sans débit à transporter, admettons un coefficient d’utilisation de 50 % dans le temps, il faut alors transporter en une heure de quoi tirer 30 minutes à la cadence définie plus haut, soit 40 tonnes.

A Schoenenbourg il n’existe pas de magasin M1 car les crédits avaient été dépassés en raison des difficultés de creusement des galeries dans la marne, des fonds de blocs aquifères. Le ravitaillement en munitions devait se faire depuis Neubourg par voie de 60 (considérée comme plus pratique et moins vulnérable que la route) jusqu’au bloc 7 avec transbordement sur les wagonnets intérieurs par les monorails (même manœuvre d’ailleurs si c’est une rame de camions qui entre dans le bloc 7 en lieu et place des grands wagons à boggies de la voie de 60.). 

Il fallait pouvoir transporter le chargement de ces wagons ou camions en direction des magasins M2 des blocs 3 et 4 aussi rapidement que s’effectuait le déchargement et que le monte-charge le descendait. Pour toutes ces manutentions, le détachement du 15ème Génie était fort d’une douzaine de d’hommes aux ordres du Sergent-chef Pruvost qui avait appris le métier dans les mines.

Concluons sur le petit train, nimbé d’idées fausses : il ne servait pas aux officiers et n’était pas un tramway. Pendant plusieurs mois, j’ai marché dix à douze kilomètres par jour pour voir tous mes hommes, leurs travaux, entendre leurs voix et leurs soucis, et qu’ils me voient. Ils ne pouvaient voir que leurs gradés directs ; je leur apportais les nouvelles.



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